Une identité remarquable est une égalité qui est toujours vraie, quelles que soient les valeurs des nombres. C'est une « formule magique » qui permet de passer très vite d'une somme à un produit (factorisation) ou l'inverse (développement).
Il y en a trois à connaître :
- (a + b)² = a² + 2ab + b²
- (a − b)² = a² − 2ab + b²
- (a − b)(a + b) = a² − b²
En français : « le carré d'une somme », « le carré d'une différence », et « le produit d'une somme par une différence ».
Pourquoi ça marche :
Prenons la première : (a + b)² veut dire (a + b) × (a + b). Si on développe en distribuant :
(a + b)(a + b)
= a×a + a×b + b×a + b×b
= a² + ab + ab + b²
= a² + 2ab + b²
Les deux « ab » du milieu fusionnent : voilà le double produit.
La deuxième est identique, mais le « moins » change les signes du milieu :
(a − b)(a − b)
= a² − ab − ab + b²
= a² − 2ab + b²
La troisième est plus simple : les termes du milieu s'annulent.
(a − b)(a + b)
= a² + ab − ab − b²
= a² − b²
Exemples concrets :
Développer (avec des nombres)
- (x + 3)² = x² + 2 × x × 3 + 3² = x² + 6x + 9
- (x − 5)² = x² − 2 × x × 5 + 5² = x² − 10x + 25
- (x − 7)(x + 7) = x² − 49
Le plus compliqué est de voir que « a » et « b » sont des nombres ici : dans (2x + 3)², a = 2x et b = 3 :
(2x + 3)²
= (2x)² + 2 × 2x × 3 + 3²
= 4x² + 12x + 9
Factoriser
On part de la forme développée et on retrouve le produit :
- x² + 10x + 25 → deux carrés (x² et 25 = 5²) + un double produit (10x = 2·x·5) → (x + 5)²
- x² − 49 → deux carrés séparés par un « moins » → (x − 7)(x + 7)
- 4x² − 12x + 9 → deux carrés (4x² = (2x)² et 9 = 3²) + milieu = −2·2x·3 → (2x − 3)²
À quoi ça sert concrètement ?
- Calcul mental de tête :
101²
= (100 + 1)²
= 10000 + 200 + 1
= 10201 (Ou 99²)
= (100 − 1)²
= 10000 − 200 + 1
= 9801
- Résoudre des équations : x² − 49 = 0 devient (x − 7)(x + 7) = 0, donc x = 7 ou x = −7.
- Une factorisation remplace le discriminant.
- Simplifier des fractions : (x² − 9)/x s'écrit ((x − 3)(x + 3))/x, et on peut alors barrer des facteurs communs.
Cas particuliers et pièges :
1. oublier le double produit
(a + b)² ≠ a² + b²
(3 + 2)² = 25, mais 3² + 2² = 13
Ce n’est pas pareil. La vraie formule est a² + 2ab + b².
Le même piège en sens inverse : a² + b² ne se factorise pas. Il n'existe aucune identité pour cette somme.
2. se tromper de signe dans (a − b)²
(a − b)² = a² − 2ab + b² → le b² reste positif. Un « moins » au carré redevient positif. (x − 4)² = x² − 8x + 16 (et pas −16).
3. les signes dans (a − b)(a + b)
(a − b)(a + b) = a² − b² → seul b change de signe. Si on a (−a + b)(a + b), il vaut mieux réordonner : (b − a)(b + a) = b² − a².
4. a et b peuvent être « cachés »
Dans 4x² − 9, il n'y a pas de « x » apparent au carré… mais 4x² = (2x)². Il faut voir a = 2x et b = 3. Astuce : vérifier mentalement que le milieu correspond bien au double produit — sinon ce n'est pas une identité.
5. « presque » une identité
x² + 6x + 10 n'est pas factorisable : 10 n'est pas un carré (9 = 3² le serait, et on aurait (x + 3)²). Avant de factoriser, vérifier les indices : carré ? double produit ? Si l'un manque, ce n'est pas une identité remarquable.
6. les fractions et racines comptent aussi
a et b peuvent être des fractions : (x + 1/2)² = x² + x + 1/4 (car 2 × x × 1/2 = x). Pas de panique, la formule fonctionne tout de même.
Méthodes résumées :
Pour développer
- Reconnaître la forme : (a + b)², (a − b)² ou (a − b)(a + b).
- Identifier clairement a et b (attention aux « cachés » comme 2x ou 1/2).
- Appliquer la formule sans oublier le double produit (c'est le terme du milieu).
- Simplifier l'écriture finale.
Pour factoriser
- Regarder la forme de l'expression :
- deux carrés + « moins » entre eux → a² − b² = (a − b)(a + b) ;
- deux carrés + un terme du milieu → (a + b)² ou (a − b)² selon le signe du milieu.
- Vérifier les trois indices : premier carré ? dernier carré ? milieu = double produit ?
- Écrire la factorisation.
- Contrôle : redévelopper mentalement — on doit retrouver l'expression de départ.
La ligne à retenir (en toutes lettres)
« Carré du premier + double produit (avec son signe) + carré du deuxième. »
Ces calculs sont complémentaires aux factorisations, équations du premier et second degré, inéquations.